DOHaD : pourquoi les 1 000 premiers jours sont essentiels pour la santé future de l’enfant ?
Et si la prévention des maladies de l’adulte commençait… avant même sa naissance ?

C’est l’une des grandes questions étudiées par la DOHaD, pour Developmental Origins of Health and Disease, que l’on peut traduire par « origine développementale de la santé et des maladies ».
Derrière cet acronyme se trouve une idée essentielle : les premières étapes de la vie participent à construire notre santé future.
On parle notamment des 1 000 premiers jours, une période qui s’étend de la conception jusqu’aux deux ans de l’enfant. L’Organisation mondiale de la Santé considère cette période comme une fenêtre particulièrement importante pour la nutrition, la croissance et le développement, mais cette histoire commence même un peu avant.
La santé de l’enfant commence avant sa naissance
La santé d’un futur enfant ne dépend évidemment pas uniquement de ce que sa mère mange pendant sa grossesse.
La génétique, l’environnement, les conditions de vie, la santé des parents, leur alimentation, leur consommation de tabac ou d’alcool, leur activité physique, leur sommeil et de nombreux autres facteurs peuvent intervenir.
La période préconceptionnelle est donc elle aussi intéressante. Chez l’homme comme chez la femme, l’état de santé et le mode de vie peuvent notamment influencer la fertilité. La qualité des spermatozoïdes et la fonction reproductive féminine sont sensibles à différents facteurs environnementaux et nutritionnels.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il existe une « alimentation parfaite » permettant de garantir une grossesse ou la santé future d’un enfant.
Mais cela rappelle quelque chose d'important : préparer une grossesse, c’est aussi préparer un environnement favorable au développement du futur enfant.
La programmation fœtale : quand l’environnement influence le développement
Il y a plus de 40 ans, l’épidémiologiste britannique David Barker a notamment développé l’hypothèse selon laquelle certaines conditions rencontrées pendant la vie fœtale pourraient influencer le risque de développer certaines maladies à l’âge adulte.
Ses travaux ont notamment mis en évidence une association entre faible poids de naissance et risque accru de certaines maladies cardiovasculaires et métaboliques à l’âge adulte.
C’est l’un des fondements historiques de ce que l’on appelle aujourd’hui la programmation développementale.
L’idée n’est pas que le fœtus serait « programmé » de manière irréversible pour tomber malade.
Il s’agit plutôt de comprendre que, pendant certaines périodes particulièrement sensibles du développement, l’environnement peut influencer la manière dont l’organisme se construit et s’adapte.
Nutrition, métabolisme, hormones, stress, environnement ou encore exposition à certains facteurs peuvent ainsi participer à cette programmation.
Et c’est donc ce que cherche à mieux comprendre la DOHaD.
Les 1 000 premiers jours : une fenêtre majeure de prévention
La période allant de la conception aux deux ans de l’enfant est particulièrement importante pour :
- la croissance ;
- le développement cérébral ;
- le développement immunitaire ;
- la maturation digestive ;
- la constitution du microbiote intestinal ;
- le développement métabolique ;
- et, plus largement, la santé future.
Les recherches en DOHaD s’intéressent notamment aux liens entre les conditions précoces de vie et le risque ultérieur de maladies cardiovasculaires, d’obésité, de diabète et d’autres maladies chroniques.
Cela ne veut pas dire qu’un événement survenu pendant la grossesse détermine à lui seul la santé future d’un enfant.
La santé est multifactorielle, mais cela signifie que les premières années constituent une période pendant laquelle la prévention peut avoir une importance particulière.
L’alimentation de la mère : un environnement pour le futur bébé
Pendant la grossesse, l’alimentation maternelle contribue notamment à fournir l’énergie et les nutriments nécessaires à la croissance du fœtus.
La qualité globale de l’alimentation est donc importante.
À l’inverse, certains déséquilibres nutritionnels peuvent influencer l’environnement métabolique et inflammatoire dans lequel le fœtus se développe.
Les acides gras trans, par exemple, sont associés à des effets défavorables sur la santé cardiovasculaire et métabolique et leur consommation doit être limitée.
À l’inverse, les acides gras oméga-3, notamment le DHA, participent au développement cérébral et visuel du fœtus et du nourrisson.
Les recherches s’intéressent également à la manière dont l'alimentation maternelle peut influencer le microbiote intestinal de l’enfant, même si les mécanismes restent complexes et encore étudiés.
L’objectif n’est donc pas de chercher « l’alimentation parfaite de la grossesse », mais plutôt de construire une alimentation variée, suffisamment nutritive et adaptée aux besoins de la mère et du bébé.
Diabète gestationnel et développement de l’enfant : que sait-on ?
Le diabète gestationnel fait également partie des facteurs étudiés dans le cadre de la DOHaD.
Plusieurs études ont retrouvé une association entre le diabète maternel pendant la grossesse et certains troubles neurodéveloppementaux chez l’enfant, notamment les troubles du spectre de l’autisme.
Une méta-analyse publiée en 2025, portant sur plusieurs millions de grossesses, a retrouvé une association entre l’exposition au diabète maternel et différents troubles neurodéveloppementaux, dont l’autisme et le TDAH.
Mais attention à un point essentiel : une association ne signifie pas que le diabète gestationnel « provoque » l’autisme.
De nombreux facteurs peuvent intervenir et les études observationnelles ne permettent pas, à elles seules, d'établir une relation de causalité.
La prévention du diabète gestationnel reste néanmoins importante pour la santé de la mère et de l’enfant.
La naissance influence-t-elle le microbiote ?
Le microbiote intestinal du bébé commence à se construire très tôt.
Le mode d’accouchement fait partie des facteurs susceptibles de participer à cette colonisation. Les bébés nés par voie basse (vaginale) et ceux nés par césarienne ne présentent pas exactement les mêmes profils microbiens dans les premières semaines de vie.
Mais là encore, il faut éviter les raccourcis : un accouchement par césarienne ne signifie pas que l’enfant aura un « mauvais microbiote ».
Le microbiote évolue considérablement après la naissance et dépend de nombreux facteurs : alimentation, allaitement ou lait infantile, environnement, médicaments, infections, entourage, diversification alimentaire, etc.
La naissance constitue donc une étape du processus, et non une condamnation à long terme.
Allaitement : une alimentation particulièrement adaptée au nourrisson
Le lait maternel est spécifiquement adapté aux besoins du nourrisson et apporte, en plus de ses nutriments, de nombreux composants bioactifs participant notamment au développement immunitaire et digestif.
L’OMS recommande l’allaitement exclusif pendant environ les six premiers mois lorsque cela est possible et souhaité, puis la poursuite de l’allaitement parallèlement à la diversification alimentaire.
Mais il est important de le rappeler : l’allaitement n’est pas toujours possible, et il ne doit jamais devenir une source de culpabilité pour les parents.
Les préparations pour nourrissons sont conçues pour répondre aux besoins nutritionnels des bébés lorsqu’ils ne sont pas allaités.
Le but de la prévention n’est pas de culpabiliser les parents, mais de leur donner les meilleures informations possibles pour faire des choix éclairés.
Et le microbiote dans tout ça ?
Le microbiote intestinal du bébé évolue rapidement au cours des premières années de vie.
L’allaitement, le type d’alimentation, les médicaments, les infections, l’environnement et surtout la diversification alimentaire participent à cette évolution.
On s'intéresse aujourd’hui beaucoup au rôle du microbiote dans :
- le développement du système immunitaire ;
- la digestion ;
- certaines allergies ;
- certaines maladies inflammatoires ;
- le métabolisme ;
- et potentiellement certains aspects du développement neurologique.
Des associations entre microbiote intestinal et développement cérébral sont étudiées, mais il serait trop simpliste de dire que le microbiote « détermine » le QI ou le développement cognitif d’un enfant.
Le cerveau se développe sous l’influence de très nombreux facteurs : génétique, nutrition, sommeil, environnement affectif et social, stimulation, santé générale, etc.
Le microbiote est probablement une pièce du puzzle, pas le puzzle entier.
Le lait de vache n’est pas adapté comme boisson principale avant 1 an
Un point important concerne également le lait de vache. Avant l’âge d’un an, le lait de vache ne doit pas remplacer le lait maternel ou une préparation pour nourrissons comme alimentation lactée principale. Sa composition ne répond pas aux besoins spécifiques du nourrisson : elle est notamment trop riche en protéines et certains minéraux, et insuffisante pour certains nutriments essentiels au développement du bébé. Cela ne signifie pas que le lait de vache est un aliment « mauvais ». Il n’est simplement pas adapté aux besoins nutritionnels spécifiques du nourrisson comme boisson principale.
La diversification alimentaire : une nouvelle étape des 1 000 premiers jours
Vers l’âge de six mois, les besoins nutritionnels du bébé évoluent.
Le lait maternel ou la préparation infantile reste une composante importante de l’alimentation, mais la diversification alimentaire devient nécessaire pour répondre progressivement aux besoins croissants en énergie et en micronutriments.
Les recommandations européennes indiquent que les aliments complémentaires ne devraient pas être introduits avant 17 semaines révolues, ni être repoussés au-delà de 26 semaines, en tenant également compte de la maturité développementale de l’enfant.
La diversification est donc bien plus qu’une découverte de nouvelles saveurs.
C’est une période pendant laquelle l’enfant découvre progressivement :
- différentes textures ;
- différents goûts ;
- différentes familles d’aliments ;
- de nouvelles sources de protéines ;
- du fer ;
- du zinc ;
- des fibres ;
- et une alimentation qui va progressivement devenir de plus en plus proche de celle de la famille.
Prévenir dès l'enfance plutôt que réparer plus tard
Obésité, diabète, maladies cardiovasculaires, allergies, troubles digestifs, certaines maladies inflammatoires… De nombreuses problématiques de santé apparaissant à l’âge adulte trouvent leurs racines dans une histoire beaucoup plus longue. Cela ne signifie évidemment pas qu’il faudrait faire porter aux parents la responsabilité de toutes les maladies futures de leur enfant, ce serait une lecture extrêmement réductrice de la DOHaD. En revanche, cela nous invite à changer notre vision de la prévention.
La prévention ne commence pas à 40 ans avec un bilan sanguin. Elle commence bien plus tôt. Dans certains cas, elle commence avant même la conception. Puis elle se poursuit pendant la grossesse, la naissance, l’allaitement ou l’alimentation infantile, la diversification et les premières années de vie.
Les 1 000 premiers jours : une opportunité, pas une obligation de perfection
C’est probablement le message le plus important à retenir, parler des 1 000 premiers jours ne doit surtout pas conduire à créer une nouvelle pression sur les parents. Il ne s’agit pas de manger parfaitement pendant neuf mois, de ne jamais être stressée, de ne jamais être malade, d’avoir obligatoirement un accouchement par voie basse, d’allaiter coûte que coûte, ou encore de préparer chaque repas de bébé avec une précision scientifique.
Le vivant n’est pas une équation parfaite.
Les 1 000 premiers jours constituent plutôt une fenêtre d’opportunité : une période pendant laquelle nous pouvons favoriser un environnement aussi favorable que possible au développement de l’enfant.
Et cette approche change notre manière de penser la santé parce qu’au lieu d’attendre l’apparition d’une maladie pour agir, nous pouvons nous demander : « Que pouvons-nous mettre en place aujourd’hui pour construire de la santé demain ? » C’est toute la philosophie de la DOHaD.
Et c’est aussi, finalement, l’une des grandes leçons de la prévention : la santé de demain se construit beaucoup plus tôt qu’on ne le pense.
